Pour ce troisième portrait je rencontre Azilis qui a pris contact avec moi via Instagram et que je remercie chaudement pour sa confiance. Elle me parle de son corps comme son compagnon le plus précieux dont elle essaie de prendre soin, de son histoire et la complicité s’installe doucement entre nous.

La relation au corps..

Yasmine: Peux-tu me raconter en quelques mots ton histoire avec ton corps?

Azilis: De ce que je me souviens j’ai toujours été en surpoids. Pourtant, lorsque je regarde des photos de moi enfant, je ne trouve pas que c’était le cas. C’était la place à laquelle m’avait assignée une grande part de ma famille. J’étais celle qui ne devait pas reprendre du gâteau car « c’est pas bon pour ce que t’as », celle « qui se porte bien », etc…

Je crois que ma mère a été la seule à ne jamais avoir ce genre de remarques avec moi. Heureusement d’ailleurs, c’est ce qui a contribué à toujours garder une part de confiance en moi. J’ai donc grandi complexée, l’adolescence et le jeune âge adulte ont été le pire : moqueries, rejet, ne pas plaire aux garçons, c’était mon grand drame de l’époque et pendant longtemps.

Et, petit à petit, à force de la bienveillance d’amies, d’amants, et d’images plus visibles de corps ressemblant au mien, et de lectures féministes, j’ai fini par faire la paix avec mon corps. Pour aujourd’hui l’aimer et l’accepter.

Les Tatouages

Yasmine: Quand as-tu décidé de te faire tatouer et pourquoi?

Azilis: J’ai toujours aimé l’univers du tatouage, et j’ai commencé à me faire tatouer des zones plutôt cachées : le bas du dos et les pieds. Puis, prenant davantage confiance en moi, j’ai osé confier des zones plus visibles à mes tatoueuses préférées : les bras et une de mes cuisses.

Je considère que les tatouages, même s’ils peuvent avoir une histoire et une symbolique sont avant tout des ornements. Et je crois que pendant longtemps j’ai pensé que mon corps ne méritait pas ces ornements. Mais ça n’est plus le cas maintenant ! Maintenant je trouve que mon corps mérite tout à fait d’être encore plus embelli !

La confiance en soi

Yasmine: Comment t’es venu le déclic de retrouver confiance en toi?

Azilis: Il n’y a pas vraiment eu de déclic, mais plutôt un ensemble de choses. L’une des plus importante est le féminisme. Le féminisme entraine une déconstruction de beaucoup de normes sociales (les critères de beauté, ce qui est attendu ou non d’une femme…). Mes lectures m’ont vraiment permis de prendre du recul et de m’affirmer. D’essayer de faire la part des choses entre ce qui est attendu par la société, et ce que je suis vraiment. L’un des ouvrages que je recommande sur le sujet est Beauté Fatale de Mona Chollet.

Dans le même temps, j’ai été pendant une période très fan de New Burlesque. le New Burlesque, ce sont des performances de strip tease qui reprennent les codes classiques de la féminité jusqu’à les exacerber. Ces performances sont tour à tour artistiques, rigolotes, politiques ou tout simplement sexy. Ça a été pour moi un bouleversement de voir que les femmes pouvaient se réapproprier les codes de la féminité pour jouer avec. C’est aussi un mouvement qui fait la part belle aux corps différents. Parmi mes performeuses préférées on trouve Mimi le MeauxDirty Martini et Julie Atlas Muz


L’autre mouvement très important est le Body Positive. c’est un mouvement crée par des femmes grosses activistes aux états-unis. L’idée était de montrer que tous les corps sont acceptables, qu’ils soient minces, gros, handicapés, non blancs, avec des problèmes de peau ou autre. M’intéresser au Body Positive m’a fait découvrir des femmes formidables comme Tess Holiday ou Megan Jane Crabble. Et si il y a eu un déclic, c’est peut-être cela : VOIR des corps différents, être confrontée à des images de corps différents : remplir mon instagram de diversité a été la meilleure chose que j’ai faite ! 

Yasmine: Aujourd’hui comment te sens-tu?

Azilis: Aujourd’hui, je ne m’excuse plus d’exister, d’être là, comme je suis, de prendre de la place. Je suis reconnaissante à mon corps de me permettre de faire tant de choses : marcher, danser, aimer… Je suis en paix avec lui, j’ai accepté qui ne soit pas celui des magazines alors je le chouchoute pour qu’on aille encore loin lui et moi !
Et même si j’ai envie de transmettre un message positif, il faut quand même dire que certains jours, c’est pas si simple. Il y a aussi des moments pas faciles, des séances dans des cabines d’essayages où rien ne va, tout est trop petit, de la grossophobie médicale, des remarques insultantes dans la rue… Mais ça fait partie de la vie, c’est ok que ça soit pas facile tous les jours !

Publié par :bonjourlasmala

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