Elle était là, juste devant moi telle une muse devant un artiste…
Son regard et son histoire m’ont transpercé, ces comportements ne devraient plus exister. Nous devrions pouvoir nous balader nues sans que rien ne nous arrivent !
Elle fait partie de celles qui parlent pour inviter les autres à faire.
Elle a pleuré, j’ai pleuré, elle a ri, moi aussi, elle a dansé la vie, 
Elle s’appelle Émilie et à été victime d’inceste et de harcèlement sexuel au travail
.

En regardant derrière mon objectif, j’ai éprouvé beaucoup d’admiration.
Je ne suis pas une vraie artiste mais ce besoin d’aider est toujours plus fort, plus les rencontres se multiplient, plus les histoires sortent, se partagent et plus mon envie de sensibiliser sur ces sujets est grandissante. J’aime regarder ces femmes et leur montrer qui elles sont vraiment, sans chichis, sans fausses poses, sans rien calculer. Je leur offre ces images pour qu’elles adoucissent le regard qu’elles se portent, leurs âmes sont si belles, leur différences si inspirantes, je les aimes ces femmes. TOUTES.

Plus vous osez parler, plus vous encouragerez d’autres femmes à vous suivre et à en faire de même. À nous de faire évoluer le comportement de certains hommes qui ne nous respectent pas. Il est temps qu’ils assument leurs actes car NON ce n’est pas normal de manquer de respect, de faire des avances et du chantage, de violenter, de violer…À nous d’inculquer le respect à nos enfants pour qu’ils n’en arrivent jamais là et se comportent bien avec les femmes.

Yasmine: Peux-tu nous raconter ce qu’il t’est arrivé?
Émilie: Ma maman est tombée enceinte par accident, je n’étais pas du tout prévue au programme. Il n’y avait pas vraiment de papa, celui ci étant à l’époque plus un « ami » qu’un amoureux. Elle avait à peine 21 ans, et comme on peut s’en douter, devant une telle responsabilité, elle était perdue. Sa grande soeur et son mari l’ont aidé à prendre la décision de me garder. La nouvelle n’a pas toujours été bien accueillie, ma grand mère, par exemple, a d’abord été en colère: une mère-fille, à ses yeux, c’était un peu l’échec. Bien sûr, plus tard, elle a accepté. Bref, mon arrivée ne s’est pas vraiment faite dans un climat très serein pour ma mère, et cela a été , je crois, la première pierre avec laquelle j’ai construit ma « maison ». Une pierre qui dit « oh, la boulette! »

Je raconte ça, parce que je pense que c’est important, de connaître le contexte de son arrivée dans la vie. Je pense que ça joue beaucoup sur qui on devient. Moi par exemple, j’ai beaucoup de mal à trouver une place dans ce monde. Et puis je culpabilise de tout, tout le temps, j’ai toujours peur de faire un truc de travers. Une « boulette ». J’ai longtemps couru après la reconnaissance (mon père ne m’a jamais reconnue comme sa fille) et l’amour de tous ce que je croisais. S’il vous plaît, aimez-moi! La fille fatigante!

Et puis, dans ma vie, j’ai commencé à rencontrer des situations de violences: au collège, j’ai été victime de harcèlement scolaire. Je ne disais rien à ma maman, car je ne voulais pas l’inquiéter. Au lycée, j’ai eu mon premier « vrai » copain, avec lequel je suis restée deux mois, m’a gentiment larguée en me traitant de salope, parce que « j’allais trop vite au lit ».Ce même copain qui se comportait avec moi dans l’intimité comme si j’étais un genre de poupée gonflable. Mais c’est moi qui avait honte. J’avais le sentiment de mériter ça. J’avais le sentiment d’être sale, d’être une « mauvaise fille ». Je voulais tellement qu’on m’aime, que j’acceptais n’importe quelle forme de relation amicale ou amoureuse, et souvent, c’était toxique. Tu le vois, le terreau bien fertile là? Ha ha.

A mes dix-huit ans, j’ai été contactée par mon père biologique. C’était le début des gros ennuis.
Au premier abord, mon père était un homme bien sous tout rapport, intelligent, bon orateur, c’était un artiste, il me couvrait de compliments et me valorisait beaucoup. Je lui disait qu’il ne serait jamais un père pour moi, car j’avais grandi sans lui, et que c’était trop tard. Il disait qu’il ne demandait pas à l’être, mais qu’on pouvait bâtir un autre lien ensemble. Un lien spécial. Au début, j’étais méfiante, et très vite, je me sentais si valorisée, si aimée, si reconnue, que j’ai baissé la garde. J’avais si soif d’amour et de reconnaissance, c’était trop facile.

Émilie – Je suis tombée dans le piège d’une personne que certains qualifient de pervers narcissiques, je ne sais pas si c’est ça. Je ne sais pas ce qu’il est.

Ce que je sais, c’est que j’ai vécu plusieurs années d’abus, de violences psychologiques et sexuelles, de chantage affectif, de chantage au suicide, de harcèlement moral, sexuel, et que j’ai failli y laisser ma raison, et peut être même ma vie. J’ai mis cinq ans à en parler à un psy. Et trois années de plus à en sortir vraiment. Ma famille n’est au courant que depuis deux ans.

Le psy que j’ai consulté à l’époque était un homme, et je ne crois pas qu’il était la personne la plus adéquate à ma situation, car je suis sortie de cette thérapie avec un goût résiduel de culpabilité. J’avais le sentiment d’extorquer un statut de victime, que j’étais en fait responsable de ce qui m’était arrivé.  Mais peu importe, j’étais libre, j’étais libre et vivante. J’avais 27 ans.

Mais même après ça, alors que je pensais que j’étais vaccinée, que jamais plus je ne me laisserai mal traiter, j’ai vécu une situation de harcèlement au travail. C’était en 2016, soit trois ans après la fin de mon calvaire avec mon père biologique. Mon patron de l’époque, qui me faisait miroiter une promotion avec formation professionnelle à la clef, s’est mis à être très entreprenant avec moi. Allusions sexuelles explicites, caresses, puis attouchements, et j’étais incapable de réagir. J’avais peur de perdre mon taf, peur de perdre cette promotion pour laquelle je travaillais dur. Et j’avais juste peur que ce soir de ma faute, encore et encore.

Yasmine: Comment t’es-tu rendu compte que toutes ces expériences étaient graves et non acceptables?
Émilie: Lors d’une visite médicale à la Médecine du travail, j’ai craqué et j’ai raconté ce qu’il se passait avec mon patron. La réaction de l’infirmière a été immédiate: elle a appelé le médecin, qui a lui aussi recueilli mon témoignage, et leur verdict a été sans appel: c’était grave, très grave, et j’e ne retournerai pas travailler comme ça.

Ils ont demandé un arrêt de travail de quinze jours et m’ont priée d’aller porter plainte. Mon médecin traitant m’a soutenue à fond, et m’a encouragée à déposer plainte elle aussi. C’est à ce moment là que j’ai compris que ce que j’avais vécu avec mon patron était grave. Et donc, que ce que j’avais vécu avec mon père l’était encore plus. 

Yasmine: Quelle relation entretiens-tu avec les hommes après cela?
Émilie: Les hommes aujourd’hui sont mes amis, comme les femmes, le seul critère imparable pour moi, c’est la bienveillance. C’est tout, et ça marche très bien.

Yasmine: Quel message souhaites-tu faire passer à toutes les femmes qui te liront?
Émilie: A toutes les femmes qui me liront, j’envoie de l’amour. A celles qui vivent la violence, à celles qui restent dans le silence, de l’amour, de l’amour. L’amour c’est le clef.Vous êtes votre propre alliée. Aimez-vous. Et si vous le pouvez, parlez. A n’importe qui, une amie, un médecin, une association. Parler, c’est vous sauver la vie. Je vous aime. 

Publié par :bonjourlasmala

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